Problématique
Le sujet que nous soumettons ici concerne l'étude de la jeunesse, il est conçu à partir de nos observations participantes dans un lycée en 1989/90 en tant qu'enseignants, pendant notre recherche de magister, dans les années 90 où nous avons consacré un long chapitre et en fin les observations que nous n'avons cessé d'enregistrer depuis en milieu universitaire.
Pour décrire brièvement la société sur laquelle s'appuie ce travail, soit celle de Bejaia et celle de Tizi -ouzou, qu'on situera grossièrement à l'est d'Alger pour la première et à sa périphérie pour la seconde.
Dans cette société stratifiée, les rapports à différents niveaux de la patriliniarité fait passer avant tout l'intérêt du groupe et relègue celui de l'individu au dernier plan. Ainsi Bourdieu ne s'étonne t-il pas de "rencontrer le groupe familial au carrefour de toutes les avenues de la société kabyle"
Primat du groupe familial, qui exclut le célibat; qui à travers le père exerce le droit de contraire matrimoniale, et mariait très tôt, vers 12 ou 13 ans, les jeunes filles.
Primat du groupe familial qui accorde une autorité absolue au mari, et faisant passer la continuité du groupe familial avant celle du couple, lui donne le droit de répudiation, Primat du groupe qui assure par diverses armes juridiques la protection du patrimoine familial contre toute intrusion étrangère; qui, afin que le bien des agnats ne soit pas diminué, exclu les femmes de l'héritage; C'est ainsi que le sens de l'individu ou de l'individualisme est dominé par le sens du groupe ou de la collectivité: l'individu porte un nom comme, jouit du bien comme de l'intérêt commun et d'une vie commune.
Dans cette société la notion de jeune était presque inexistante parce qu' atteint l'âge de puberté, l'enfant du sexe masculin et féminin rentre dans le système des adultes par le biais du mariage, du travail familial ainsi que des différentes institutions sociales, tel que tajmaât pour les garçons.
La famille villageoise, vu sa constitution et dans le souci de reproduire son existence physique et sociale en tant que groupe cohérent se basant sur la propriété indivise et le travail collectif, ne laisse aucune issue à l'émergence de l'individualité, au point qu'elle ne perçoit ce qu'elle nomme ilemzi (jeune) que comme élément perturbateur pouvant nuire à l'honneur de la famille et par conséquent à la cohésion sociale.
Certes le jeune est une force de travail nécessaire, un protecteur, une force consolident la position de la famille au sein du groupe mais ne constitue pas une catégorie reconnue et distincte du point de vue de son statut, de son besoin et de ses aspirations.
Après l'indépendance de l'Algérie, la société kabyle a connu des changements variés à la fois économiques et sociales qui sont encore non aboutis d'où l'instabilité des valeurs entre la tradition et la modernité.
En effet, l'option industrielle prise par le gouvernement au détriment de l'agriculture, a accentué les transformations sociales. L'économie traditionnelle déjà déficiente survit tant bien que mal mais beaucoup d'activités locales vont disparaître.
Le salariat va alors se développer grâce à l'industrie et au fonctionnariat et procurer des revenues qui favoriseront l'apparition de besoins nouveaux. Sur le plan social, on assiste à l'éclatement des familles: certaine de plus en plus individualisés et d'autres qui gardent tant bien que mal une apparence formelle de familles élargies mais dont tous les membres ne respectent pas forcément la hiérarchie du groupe.
La notion de jeune dans un contexte pareil, a été à l'origine d'une production dans le discours politique
transmis au village par l'école, les médias et le contact devenus plus facile entre les différents groupes.
Les années passant, la famille, la rue et la scolarisation, ont fait leur travail; ils ont formé une génération hétérogène, dont le statut est ambigu, piégée entre deux modèles de valeurs, celui de la modernité et celui de la tradition, sachant qu'aucun n'offre les moyens de sa réalisation.
L'école, à la fois comme outil et moyen de changement, et aussi une influence persistante de la famille feront jaillir les conflits et les contradictions profondes que vit cette génération, dont les conséquences se prolongent en dehors et après l'école.
De ce qui précède, et compte tenu d'un allongement de l'âge au mariage. De l'âge au travail, à la réalisation et l'insertion de soi dans le groupe social et compte tenu aussi que l'école, le lycée voire l'université sont conçus aussi bien par les concernés, les parents et les gestionnaires comme des institutions où l'on refoule cette masse juvénile: quelles sont les ressources culturelles, organisationnelles que ce soit modernes ou traditionnelle auxquelles fait appelle la société pour gérer cette population? Nous entendons par là, la famille, le village et/ ou quartier, l'institution scolaire et professionnelle.
Comment cette jeunesse non reconnue socialement opère t-elle pour se faire entendre et qu'elles sont ses stratégies face aux offres familiales, villageoises et/ ou institutionnelles?
Quelle place occupe t-elle dans l'institution traditionnelle comme la jemaâ et les différentes associations culturelles, sociales et politiques.
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