Le hammam comme microcosme en Méditerranée
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Aborder la question du hammam, c'est mettre au cœur de notre interrogation celle du patrimoine matériel et immatériel. Le hammam comme héritage culturel immatériel, est vecteur d'une mémoire collective.
Les historiens considèrent que la période prospère pour ce type d'établissement est celle qui va du XIII e au XVIII e siècle, dans un contexte où la densification des hammams était un véritable indicateur du statut économique de la ville. Inséré dans un quartier, le hammam est un microcosme avec ses normes et valeurs, révélant dans le mode d'usage la charge culturelle. Il est une caractéristique des cités musulmanes avec l'architecture, la grande mosquée, les fontaines publiques et le marché... Le hammam est structuré autour de trois espaces majeurs : la pièce chaude (caldarium), la pièce froide (frigidarium) et l'espace de passage (Tepidarium).
La pratique et l'usage quotidiens de ce lieu au Maghreb ont presque fait oublier qu'ailleurs, notamment au Moyen-Orient, il est en régression, voire en voie de disparition. La pérennité de ce lieu hautement symbolique, qui, avec les souks et la grande mosquée, caractérisait la cité et occupait une position de centralité, est remise en cause. Le hammam est en cours de restauration dans les pays du Moyen-Orient et en Turquie, mais demeure largement en usage au Maghreb. Il met en scène, comme espace de bien être et d'hygiène et comme lieu de rencontre et de renforcement du lien social amical et familial, le rapport au corps et ses rituels. Aujourd'hui, le hammam offre de multiples usages : lieu de purification dans la journée et lieu d'hébergement le soir avec une émergence de nouveaux services (coiffure, commerce vestimentaire et culinaire…).
L'objectif de ce numéro porte sur un espace historique de sociabilité vu à travers différents contextes. Si le hammam fait partie de la vie quotidienne des femmes et des hommes au Maghreb, peut-on dire que sa place dans la Ville ou plutôt dans le quartier est centrale ? Quels sont les liens symboliques et réels d'hier et d'aujourd'hui entre la mosquée et le hammam ?
Quels usages est-il fait aujourd'hui de cet espace ? A-t-il perdu de son attrait ? Au delà des ablutions, notamment le « woudho el kebir », quels sont les « évènements » particuliers pour lequel le bain maure (hammam) est sollicité (mariage, naissance, rites de passage…) ?
Comment les habitants du quartier perçoivent-ils ce lieu non dénué de charges symboliques ? Le hammam est-il intégré comme point de référence, d'indication et d'orientation dans le quartier ? Qui sont les usagers du hammam ? Quel est son mode d'organisation et de fonctionnement ? Comment ce lieu ancestral a-t-il pu survivre en intégrant de nouveaux besoins des clients ? Quels types de relation entretiennent les usagers du hammam ? Est-il un passeur de la tradition vers la modernité ?
Ce numéro d'Insaniyat consacré au hammam bénéficie en grande partie des résultats d'une recherche, inscrite dans le cadre d'un partenariat euro-méditerranéen, est pilotée par l'Institut viennois du développement durable (Oikodrom). Ce numéro prendra appui sur des enquêtes, menées tant au Maghreb qu'au Moyen-Orient (Syrie, Egypte et Turquie).
Nouria BENGHABRIT-REMAOUN
et Heidi DUMREICHER
Mails: ‘insaniyat@crasc.dz' & ‘ insaniyat@crasc.org '
Dépôt des textes : fin septembre 2008
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