Résumés
Meriem KERZABI : Les championnes dans le sport algérien
Ce travail de thèse avait proposé dans une perspective pluridisciplinaire des sciences du sport, une analyse de la relation du sport avec le statut de la femme, centrée sur le vécu des championnes algériennes. Cette recherche a été menée auprès d'une population de 102 athlètes, représentant les équipes nationales dans 13 disciplines sportives. Cette étude s'est attachée à mettre au jour la logique interne des sports institutionnalisés, et à repérer le mode de fonctionnement des championnes. A travers les questionnaires, les entretiens et quelques analyses des discours tenus par la presse algérienne, a émergé le positionnement identitaire des sportives, hors et dans le microcosme sportif. De par la situation qu'avait vécue l'Algérie durant la décennie noire et par les interactions avec les autres acteurs sociaux, des comportements paradoxaux, voire conflictuels sont générés. Quelques déterminants sociaux à travers les caractéristiques sociodémographiques des championnes et de leur famille ont été repérés et analysés en fonction de l'âge, de l'instruction, de la familiarisation sportive et des catégories socioprofessionnelles. Les histoires individuelles de l'ensemble des athlètes, la description de trois portraits de championnes ont permis de mettre en évidence les motivations, les représentations et les attitudes des championnes qui demeurent souvent conventionnelles bien que leurs trajectoires soient exceptionnelles.
Pascal GILLON : La politique sportive des Emirats du Golfe : comment obtenir une visibilité internationale ?
Les petits Emirats du Golfe Persique ont choisi le sport pour obtenir une visibilité internationale et modifier leur image. Le sport offrait la possibilité d'afficher une modernité souvent associée à l'adoption de valeurs venues de l'Occident. Sans traditions sportives et très peu peuplés, ces Etats ont néanmoins réussi leur entrée sur la scène sportive internationale en mobilisant beaucoup d'argent. Ils ont pu ainsi accueillir et organiser des compétitions sportives internationales de grande ampleur et se faire reconnaître. Leur politique a franchi un nouveau pas, depuis quatre années, en naturalisant des athlètes de haut niveau pour obtenir des médailles car en terme de communication, l'important n'est pas seulement de participer, il est de gagner. Cette dernière initiative a eu un accueil plus mitigé auprès de l'opinion internationale et des instances sportives.
Hosni BOUKERZAZA : Géographie et hiérarchie du football en Algérie : l'exemple du Nord-est algérien
La problématique d'une recherche sur le football en Algérie peut intégrer les développements suivants : visualiser son déploiement territorial à travers le réseau des clubs, le potentiel en joueurs et supporters, les infrastructures, les équipements et les moyens financiers ; étudier la hiérarchie des équipes à partir du niveau dans lequel elles évoluent et la mettre en relation avec l'armature urbaine ainsi qu'avec des références historiques ou identitaires, analyser la mobilité géographique des joueurs, diagnostiquer les disparités territoriales liées à la pratique du football.
La répartition du taux de pénétration du football montre que la moitié des wilayas se rassemble autour de la moyenne nationale. Les wilayas du Sud algérien se situent en majorité au dessus de cette moyenne et réalisent les meilleurs taux. Peut-on établir une relation entre la localisation des clubs de football et la hiérarchie urbaine en Algérie ? Les grandes villes dominent-elles ce sport, notamment le football de haut niveau, « considéré comme un équipement urbain », et imposent-elles une répartition territoriale inégale de cette pratique ?
Le modèle du « lieu sportif » proposé par le géographe anglais John Bale, inspiré par la théorie des lieux centraux, « stipule une forte hiérarchisation et un emboîtement des structures ». Le cas algérien montre qu'il existe une hiérarchisation des installations sportives et des ligues régionales au profit des grandes villes. La répartition des clubs par niveau de compétition confirme la domination de ces dernières. En effet, douze agglomérations abritent des clubs de l'élite, lesquels sont les plus compétitifs et réalisent les meilleures performances en championnat et en coupe, au plan national et international. L'élaboration d'une hiérarchie des clubs en relation avec celle des villes dans le Nord-est algérien, avec quatre niveaux de compétition (de l'échelle nationale à l'échelle locale) et six classes d'agglomérations, confirme le modèle du « lieu sportif ».
Comme les entreprises, les équipes se situent à proximité des consommateurs, donc des villes où se concentre la population. Cette situation développe des dynamiques et des synergies qui contribuent à asseoir la domination des clubs urbains, notamment des plus grands, sur les différentes compétitions. Les grandes villes abritent également des petites équipes plus localisées et plus identifiées à un quartier, qui utilisent les infrastructures les plus modestes et bénéficient de subventions limitées.
Le financement des clubs est un paramètre de différenciation essentiel. L'ouverture sur le marché du football se fait parallèlement à l'ouverture du marché économique. Inversement, la mobilité des joueurs des petites équipes reste fortement localisée et obéit moins aux lois du « mercato ». La mobilité est un indicateur majeur des pratiques du football actuel. Une enquête ultérieure permettra d'évaluer plus précisément l'aire géographique des grands clubs, et de vérifier l'hypothèse d'un football de quartier, vivier de talents pour ces derniers.
Abed BENDJELID : Le stade de football, lieu de sociabilité, d'expression et d'intégration des jeunes de la périphérie d'Oran (Algérie)
Les grandes villes africaines se singularisent par une forte extension récente de leur périphérie, caractérisée par un sous-équipement des infrastructures de base jumelé à un déficit manifeste des équipements collectifs culturels, sportifs et de lieux de loisir.
Agglomération de 832 000 habitants en 1998, la métropole régionale d'Oran doit faire face à une demande accrue en équipements servant aux loisirs des jeunes âgés de 15 à 24 ans dont le nombre est évalué à 178 000 individus (21,4%). Formée de zones nouvelles d'extension urbaine, cette périphérie demeure largement dépourvue en équipements sportifs, à l'exclusion d'aires de jeux sommaires utilisées par des adolescents.
Comme dans les trois métropoles algériennes, nous relevons une bipolarisation de l'espace oranais dessinée par deux grands clubs de football (Mouloudia club oranais et Association sportive musulmane oranaise) qui modèlent la territorialisation de l'espace urbain. Loisir peu coûteux et populaire, le football est le sport qui a la plus forte aptitude à la sociabilité d'une jeunesse qui recherche désespérément des loisirs ailleurs que dans sa périphérie, c'est-à-dire dans le centre-ville. Le « désir de ville » de cette jeunesse peut être perçu à travers la fréquentation des lieux liés aux grands clubs et l'identification recherchée à la ville elle-même. Le supportérisme sociabilise les jeunes qui participent à l'ambiance de la ville durant les week-ends. A l'intérieur de l'enceinte du stade, ces jeunes se défoulent et utilisent, tout comme les vrais supporters, les mêmes slogans, la même violence verbale, les mêmes mots de contestation des pouvoirs… et les mêmes chants liés à la dénonciation de la mal vie quotidienne (misère, chômage, hogra, corruption, désir d'émigration, arrivisme des nouveaux riches…).
En regardant de près, cette recherche de liberté d'expression par la jeunesse peut être comparée, toute proportion gardée, au rôle joué par les stades de football dans la formation du militantisme politique forgé par le Mouvement national au cours du 20 ème siècle.
Djamel BOULEBIER et Tayeb REHAÏL : Scènes de la vie sportive à Sidi Mezghiche, un village de la wilaya de Skikda
Le football est une des formes de pratiques sportives la plus exercées par les jeunes au niveau de nos villages en Algérie, et ce grâce à sa plasticité. Quelque soit la figure sous laquelle il se présente, qu'il soit institutionnel ou pratiqué dans les rues, ce football des champs : sans moyens matériels et humains adéquats permet néanmoins, à certains jeunes de se distinguer ou de se distraire.
Rédigé à partir d'enquêtes de terrain menés au niveau d'un village de la wilaya de Skikda, cet article propose d'identifier et de traiter trois formes essentielles de pratiques footballistiques rencontrées à Sidi Mezghiche (le football institutionnel, le football de rue et le football associatif) et de décrire ce qui caractérise ces différentes figures de pratique.
Boubeker YAHIAOUI : Motivations de pratiquants adultes d'activités physiques et sportives
Nous observons que les adultes, hommes et femmes, sont de plus en plus nombreux dans une grande ville comme Oran à fréquenter les terrains et salles de sport. Les Activités Physiques et Sportives (A.P.S.) pratiquées apparaissent relativement nouvelles et variées, tels la gymnastique "aérobic", le jogging, la musculation ... Nous avons interrogé des pratiquants au sujet de leurs motivations. L'enquête a été effectuée, fin d'année 2001, dans la ville d'Oran auprès de 195 personnes, dont 90 femmes et 105 hommes. Les résultats sont riches en variété de réponses; on y retrouve, après analyse puis synthèse en catégories, des préoccupations de types : amélioration de la santé, amélioration de l'image du corps, développement de la condition physique, détente grâce à une activité agréable ... Cette richesse des motifs invoqués montre l'intérêt soutenu des adultes pour la pratique des A.P.S., et peut indiquer aux décideurs les choix à effectuer dans le domaine, par exemple, de la construction d'infrastructures sportives urbaines adaptées à la préservation de la santé de la population adulte. On continue chez nous, en effet, à considérer le sport essentiellement sous les angles de la jeunesse et de la compétition, alors qu'il constitue, de plus en plus dans les pays développés, un formidable moyen de lutte contre les maladies, et un facteur de promotion de loisirs sains à tous les âges de la vie.
Stanislas FRENKIEL : L'ambivalence médiatique française sur la « Perle noire ». Analyses des représentations de ?L'Auto? et ?Paris-soir?
En nous concentrant sur les représentations de ?L'Auto? et ?Paris-soir?, deux grands quotidiens français, au sujet de la migration sportive à Marseille de septembre 1938 à août 1939 du footballeur Larbi Ben Barek, nous souhaitons questionner les sentiments partagés des journalistes métropolitains vis-à-vis de ce Marocain. Une analyse qualitative de contenu nous permettra de constater que celui-ci n'est pas seulement vu comme un « indigène » comme pourrait le laisser croire son statut juridique de colonisé. En effet, ce discours médiatico-sportif construit imaginairement sa « primitivisation » tout en s'efforçant de l'« héroïser. » L'objet de cette contribution est donc double. D'une part, illustrer l'ambivalence de ce discours qui folklorise le sportif d'élite à l'intérieur comme à l'extérieur des stades. Et d'autre part, il s'agit d'émettre une piste d'interprétation quant à cette ambivalence liée à une volonté métropolitaine de régénération du « national » par le « colonial. ».
Djamel BOULEBIER : Élites musulmanes et processus d'acculturation par les activités physiques modernes dans les années vingt : de la Médersienne à l'Avant-garde musulmane de Cirta
Dans l'Algérie coloniale, l'après guerre a eu pour première conséquence sur le plan sportif l'enclenchement d'un processus d'autonomisation des pratiques sportives vis-à-vis de l'Union des Sociétés Françaises des Sports Athlétiques devenue de plus en plus obsolète au vu de l'importance grandissante de ce qu'il était convenu d'identifier de plus en plus comme un phénomène social. Ces changements n'affectèrent en rien les sportsmen musulmans, bien au contraire. Nous assistons à leur redéploiement aussi bien vers des sociétés gymniques ou sportives typiquement européennes comme l'Avenir Cirthéen, le Sporting Club Constantinois, ou des sociétés nettement dominées par l'élément musulman telles la Médersienne Sportive Constantinoise, l'Avant Garde Musulmane de Cirta ou la Jeunesse Sportive Musulmane. Pour avoir une idée précise sur la pluralité de ces choix sportifs et leurs significations, quelques exemples, non exhaustifs, vont retenir notre attention. Dans le domaine strict des activités physiques modernes qui s'affirmaient de plus en plus dans l'Algérie de cette époque, émergèrent deux possibilités à cette «Renaissance » sans que l'une soit exclusive de l'autre :
1/ L'émergence d'un associationnisme sportif à partir de l'institution scolaire. Ce modèle sera développé par la Médersienne Sportive Constantinoise . Dans ce cas de figure, l'institution a joué le double rôle de diffuseur de pratiques corporelles laïques au sein de la minorité musulmane scolarisée, et de passeur des nouvelles pratiques corporelles dans une aire géographique – l'Est algérien – qui dit assez bien le rayonnement socioculturel traditionnel de la ville de Constantine.
2/ La constitution de sociétés de gymnastique ou de sports athlétiques à forte consonance identitaire. Ce fut le cas avec L'Avant Garde Musulmane de Cirta, mais cela ne se fera pas sans quelques contraintes. D'une société gymnique au caractère ethnique nettement affirmé, elle évoluera, en raison d'interférences entre sport et politique, progressivement vers un regroupement franco musulman qui dit aussi bien l'impossible autonomie d'un associationnisme typiquement autochtone, mais également le hiatus du "rapprochement intercommunautaire" .
De toute évidence, et quel que soit le cas de figure retenu, l'urgence pour les Algériens des années 1920 demeura justement la confrontation avec ce qui est resté suspendu depuis la défaite d'El Mokrani. « Comment renaître à soi-même » ?
Didier REY : Le temps des circulaires ou les contradictions du football colonial en Algérie (1928-1945)
Cet article traite de la situation du football durant la période coloniale, qui est passée par différentes étapes, dont celle de la constitution des clubs de football à caractère ethnique mixte ou à caractère ethnique unique. Les clubs musulmans ont subi plusieurs pressions de la part des autorités françaises, qui interdisaient parfois certaines compétitions. Ainsi le gouverneur général de l'Algérie a promulgué une circulaire qui stipule l'interdiction des compétitions auxquelles participent des clubs à composante ethnique unique. Etaient concernés par cette circulaire les autochtones ; il leur était demandé d'introduire dans leurs équipes des éléments européens. Cela a compliqué la situation sur le terrain, en suscitant des contradictions entre les clubs, les associations et les autorités. Les circulaires n'ont pas résisté à la pression des associations sportives et de la société civile.
Alexandre MOINE : Un Observatoire du sport départemental partagé sur internet : attendus et expérience
Face à la multiplication des acteurs et à l'augmentation du nombre de données qui décrivent les territoires du sport, les besoins d'observation se font aujourd'hui très pressants. Face à la complexité qu'il nous est donnée de décrire, les outils d'observation doivent être performants. Sur la base des attendus, nombreux, mais très précis, que nous avons identifiés, nous souhaitons proposer un outil permettant de spatialiser les informations, de prendre en compte le temps, les changements d'échelles d'observation, la réactualisation et le partage instantané des informations pour une aide à la décision efficace. Au travers de cette nouvelle génération d'instruments, c'est l'observation des territoires qui est en jeu, et partant, la qualité des décisions et des aménagements futurs. Le domaine du sport, par sa forte variabilité temporelle, constitue une application idéale pour expérimenter ce type de recherches.
Nous proposons donc de relater une expérience de mise en place d'un Observatoire multi-acteurs, spatio-temporel, partagé sur internet, dans le département du Jura. En revenant sur les attendus de nos partenaires et en décrivant les solutions que nous avons offertes, nous voulons faire connaître un outil très performant déjà appliqué à d'autres territoires en France.
Loïc RAVENEL : Cinq facteurs clés pour comprendre les territoires sportifs
Pour expliquer la répartition spatiale des activités sportives et la création de territoires sportifs, cet article envisage cinq facteurs clés qui sont les fondements nécessaires de toute analyse. La répartition de la population introduit un effet de masse sous-jacent à toute pratique d'une activité sportive ; le milieu physique, s'il n'en demeure pas moins indispensable pour comprendre la localisation de certains sports, subit un processus d'artificialisation ; la diffusion spatiale introduit une dimension historique obligatoire ; même contestée, l'influence de l'espace social au sens large se fait ressentir à condition d'utiliser la bonne échelle d'analyse ; enfin, la dynamique spatiale interne au monde sportif apparaît comme une composante spécifique essentielle.
Ahmed MORO : Problématiques nouvelles ou renouvelées de la sociologie du sport ? Renouvellement par la juridicité
De la sociologie du sport à la sociologie juridique de l'activité sportive est en effet un univers de règles et de lois qui en fondent l'existence d'un nouveau champ normatif (thèse du renouvellement par le juridique).
Le développement autonome du mouvement sportif donne forme à une organisation définissant les normes communes à la compétition sportive et les règles spécifiques aux sports amateur et professionnel. Au sein de l'organisation sportive, ces règles s'ordonnent autour du principe de l'amateurisme. Le sport professionnel n'est admis qu'à condition de respecter les principes fondateurs du sport amateur. Cette définition interne du mouvement sportif clôt le processus d'unification par l'affirmation que l'ordre sportif constitue un ordre juridique autonome par rapport au droit étatique. Cette affirmation, dont l'origine repose sur un conflit entre l'autorité sportive et l'autorité étatique dans le cadre du droit administratif, soulève la question de la définition du droit sportif. En effet, une première pensée juridique annonce que le droit du sport n'existe pas, les règles sportives n'ont pas une dimension juridique spécifique. Elles ne sont du droit qu'à cette condition d'avoir un contenant de la légalité du droit étatique. Cette démarche, l'effacement de l'ordre juridique sportif, a pour limite de ne pas prendre en compte la rationalité du système sportif. Elle a aussi pour effet de remettre en cause des règles sportives techniques qui répondent à une logique propre, fondée sur la spécificité du sport. C'est pourquoi la seconde pensée estime que le droit des activités sportives repose sur la théorie du pluralisme juridique. Le droit ne serait pas seulement le produit d'une norme, il serait avant tout le produit d'une action organisée.
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