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RESUMES DES ARTICLES

INSANIYAT N° 12 (Septembre-Décembre 2000)
Le Patrimoine en question

 

 
Mourad YELLES
 
Pour en finir avec le patrimoine ? Production identitaire et métissage dans le champ culturel algérien

Compte tenu de sa place, il est permis de se demander à quoi sert le patrimoine dans notre paysage idéologique. Surtout quand on se rend compte du décalage de plus en plus frappant entre les valeurs qu'il prétend défendre et les pratiques socio-culturelles. En Europe, le patrimoine est le produit de la modernité et émerge des ruines de la Tradition populaire. Le patrimoine algérien, quant à lui, se constitue en tant que norme culturelle dans le cadre d'un projet historique qui voit l'Etat tenter de produire une nouvelle identité nationale. Mais empêtrée dans des contradictions héritées de l'époque coloniale, cette "politique du patrimoine" avec ses variantes (personnalité algérienne, spécificités, authenticité, constantes) a finalement échoué. Bien plus, elle a largement contribué au développement de l'imaginaire intégriste. Ne faudrait-il pas, toute affaire cessante, évacuer ce concept mortifère pour assumer nos métissages et promouvoir enfin notre mémoire plurielle ?
 

Tewfik GUERROUDJ
 
La question du patrimoine urbain et architectural en Algérie

Le patrimoine hérité et les productions courantes doivent être perçus comme constituant un ensemble homogène. Ainsi, le mépris du patrimoine implique une production courante de qualité médiocre. Les faits montrent une dégradation inexorable de l'héritage urbain et architectural : manque d'entretien, le neuf mord sur l'ancien, les tissus médiévaux et les centres des petites villes se dégradent. Parallèlement, les infrastructures récentes sont utilisées de façon sauvage et un habitat périphérique médiocre se développe de façon chaotique. Cette situation, qui n'est pas spécifique à l'Algérie, a des ancrages multiples, même si ses racines se situent dans le passé colonial. Nous allons nous focaliser sur l'histoire, la question identitaire, la politique de l'habitat et l'économie de bazar. D'autres points, qui le mériteraient, ne sont pas abordés. La question du patrimoine est souvent posée uniquement en terme de préservation de l'héritage. Poser la question en terme d'enrichissement, qui implique sauvegarde, valorisation et production, dans une perspective durable, peut être plus réaliste et plus productif.
 

Hadj MILIANI
 
Fabrication patrimoniale et imaginaires identitaires. Autour des chants et des musiques en algérie

Après avoir présenté la complexité des acceptions concernant les notions de patrimoine, de tradition et de mémoire collective, cet article examine, à travers un parcours historique, les différentes modalités qui ont marqué la configuration du patrimoine musical et chanté en Algérie depuis environ un siècle. Initiatives individuelles, processus techniques, instances associatives et appareils culturels participent, en fonction de données historiques, idéologiques et sociales, à fonder ce qui se donne à voir comme tradition et patrimoine commun. Dans ses formalisations, ce long travail actif et réflexif caractérise et singularise les imaginaires identitaires qui traversent une société. .
 

Anissa BOUAYED
 
Peinture moderne et patrimoine. Une position subsidiaire : la période charnière des années 60

Il semble possible de défricher le champ de la peinture contemporaine en Algérie qui doit prendre sa place comme objet d'étude de l'histoire culturelle : son émergence, ses liens avec le patrimoine, les questions connexes d'identité et les réponses apportées par les peintres dans leurs productions plastiques et leurs écrits. La période de la Guerre de libération montre que les peintres ont été non seulement témoins, mais acteurs de leur temps. Dès après l'indépendance, l'utilisation de l'image par le pouvoir de façon instrumentaliste pèse sur la conjugaison de la création artistique authentique avec le patrimoine, ce que révèle aussi le destin contrarié du don des artistes du monde entier à l'Algérie, laissant la question de la création picturale contemporaine en position de subsidiarité.
 

Ouerdia YERMECHE
 
L'emprunt lexical comme procédé stylistique dans la poésie de Si Mohand Ou M'hand

L'emprunt lexical à l'arabe essentiellement et au français plus rarement est un procédé relativement fréquent dans l'ensemble de la poésie berbérophone, plus précisément kabyle, du siècle dernier. Chez Si Mohand Ou M'hand, poète kabyle du 19ème siècle, l'emprunt lexical est un procédé stylistique, un mode d'expression dans le sens où il en use d'une manière réfléchie. L'utilisation d'un vocabulaire arabe (nombreuses expressions idiomatiques relevant aussi bien du sacré que du vocabulaire profane et des emprunts dits “ savants ”) est pour lui, une manière de s'inscrire dans le champ de la religion et de montrer par là-même son érudition. Il y recourt aussi par souci stylistique. Pour la mesure et l'harmonie des rimes, il utilise fréquemment des xénismes ou emprunts occasionnels (non codifiés par la langue) ainsi que des formes arabes d'emprunts intégrés (c'est-à-dire qui ont pris les caractéristiques phonétiques et morphologiques du kabyle) . Ces emprunts lexicaux confèrent à cette poésie un cachet particulier dans le sens où son auteur utilise une “ langue métissée ”. .
 

Laid MIRAT
 
Fondements historiques et genèse du théâtre algérien. Etude des formes théâtrales en Algérie

L'objet de cette étude porte sur les origines historiques des formes d'expression populaires qu'a connues la société algérienne avant la naissance du théâtre moderne, mais on doit noter que cela ne se limite pas à la recherche, des causes et des facteurs qui ont contribué à l'existence du théâtre en Algérie. Car ces formes d'expression en dépit de leurs différences, constituent une source de création et d'inspiration pour les dramaturges qui ont expérimenté ce patrimoine avec des visions différentes. Le but de ces expériences était d'instaurer le théâtre dans la société algérienne. On peut citer comme exemples : la halqa, le conte populaire, le meddah. La question qu'on est en droit de se poser : est ce que ses formes d'expression populaires sont-elles pertinentes ou efficaces pour la création d'un théâtre de langue arabe avec ses particularités idéologiques et esthétiques reflétant la réalité civilisationnelle arabe en Algérie avec tout ce qu'elle contient comme richesses culturelles qui répondant aux ambitions de l'algérien, exprimant ses intérêts et ses soucis.
 

Ahmed HAMOUMI
 
Le patrimoine et le théâtre. Deux expériences algériennes

Lorsqu'on remonte au tout début du théâtre en Algérie, on comprend qu'investir le patrimoine était une nécessité incontournable. Allalou, après les échecs de Georges Abiod et Tahar Ali Chérif, utilise le patrimoine (Jeha, Les Milles et une Nuits), tout comme Alloula dans les Années quatre-vingt qui investit la forme patrimoniale (Halqa) pour un contact plus direct avec le public qu'il voulait conscientiser et éclairer. .
 

Mohamed GHALEM
 
Archives coloniales et mouvements d'émigration vers les pays d'Islam

Les mouvements d'émigration qu'a connus l'Algérie durant la période coloniale avaient retenu l'attention des autorités de la colonie. De hauts fonctionnaires rédigèrent des rapports circonstanciés pour tenter d'analyser les facteurs qui poussèrent les Algériens à émigrer vers les pays d'Islam (Hijra) des enquêtes furent menées par des commissions officielles. A ces enquêtes, s'ajoutèrent des études entreprises par des spécialistes, des articles de presse… A partir de cet exemple, nous proposons dans notre article une réflexion sur le rapport entre les sources historiques et la vérité historique. “Pas d'histoire sans documents” proclament les historiens positivistes. A. Laroui va plus loin quand il affirme “lorsque la nature du document change, c'est toute la conception de l'événement qui change”. L'historien doit s'interroger sur la nature de ses sources, il doit clarifier les conditions de leur production, les raisons qui ont passé à leur élaboration. Il doit mettre en évidence, non seulement leur richesse, mais aussi leurs limites. En revisistant les archives coloniales, nous avons tenté de répondre à ces questions. Ensuite, nous avons abordé la question de leur utilisation, notamment, par les historiens français de l'Algérie, sans verser dans la polémique inutile. Nous estimons que ces historiens avec les moyens intellectuels et conceptuels qui étaient à leur disposition, ont contribué à la connaissance historique de l'Algérie. Ils ont écrit une histoire marquée par le climat politique et moral de leur époque, par leurs origines sociales, par le milieu politique ambiant. En dépit des déformations, des réductions et des oublis, cette histoire est utilisable.
 

Rachid BELLIL
 
Agents religieux du Gourara et Ahellil à travers quelques récits

Ces récits de vie structurés autour des actions et réactions de personnages porteurs d'interrogations et de significations traduisent à la fois les préoccupations du groupe et la résolution des questions posées. Tout ceci passe par l'imaginaire du groupe ethno-culturel. A travers ces six récits de vie émergent les très délicats rapports existants entre les différents acteurs religieux (mrabtin et shurfa) à travers la pratique de l'Ahellil au Gourara. Cinq récits qui portent sur des agents à statut religieux nous intéressent en ce qu'ils nous placent au centre de la problématique relation entre les saints avec des communautés marginales éloignées des pouvoirs centraux. Dans cette situation particulière (qui fut celle de nombreuses communautés vivant à la périphérie des centres de pouvoirs), les saints jouent leur rôle de diffusion au sein de la communauté dans laquelle ils vivent de la norme dont ils sont les porteurs ; mais d'un autre côté, cette proximité avec la communauté les amène à intérioriser certaines aspects des pratiques locales. Il y a donc confrontation entre les deux modèles et l'interprétation des récits suggère l'idée que tout en étant soumis à la norme véhiculée par les saints, les communautés locales tentent de négocier un statut à leurs pratiques culturelles ancestrales. Cette négociation aboutit puisque ces pratiques perdurent, même si elles ont un statut inférieur par rapport à la norme islamique. .
 

Saddek BENKADA
 
Un patrimoine culturel : les publications de la Société de Géographie et d'Archéologie d'Oran (1878-1988)

La Société de géographie et d'archéologie d'Oran dont la fondation remonte à 1878, a produit, parallèlement à son prestigieux Bulletin, un certain nombre de publications touchant aux divers aspects de la connaissance historique et géographique sur le Maghreb. Ces publications conservées au siège de la Société, aux côtés des collections des bulletins et revues des anciennes sociétés savantes algériennes et maghrébines, entre autre, constitue aujourd'hui un inestimable fonds documentaire qui de par son ancienneté et sa rareté, est à considérer comme faisant partie du patrimoine culturel national. .
 

Abdelkader CHARCHAR
 
 
Patrimoine national. Etude d'un manuscrit du Kadi théologien Mohamed ben Mohamed Ibn Kürd l'ottomane sur l'œuvre de Sidi Ahmed ben Youcef de Miliana

Notre approche sur le manuscrit du Kadi théologien Ibn Kürd est inscrite dans le champ des études du patrimoine national, dans le sens où le patrimoine manuscrit est considéré comme une partie de la mémoire individuelle et collective du pays, d'où sa contribution et son rôle majeurs dans la conservation de l'identité culturelle et ceci d'une part. D'autre par, l'approche met l'accent sur les problèmes que connaît ce patrimoine national en dépit des causes naturelles ou autres qui vont jusqu'à sa disparition ou sa destruction partielle ou totale. Ainsi, il s'avère que le rôle de certaines institutions internationales, en particulier les programmes de l'UNESCO sont responsables de la protection du patrimoniale culturel international contre toutes destructions quelque soit leur nature, sont encore insuffisants. Cette approche pose plusieurs questions d'ordre historique et méthodologique dont certains relèvent du domaine de la recherche sur l'écriture Arabo-musulmane ancienne et les mécanismes réels qui pourront aider à la classification et l'étude de ce fonds archives si riche de production maghrébine et qui reste dans son ensemble inconnu de la majorité des intellectuels nationaux ou maghrébins.
 

 
Fouad SOUFI
 
 
Les archives. Une problématique patrimonialisation

Les archives font-elles partie de notre patrimoine culturel ? Si l'on s'en tient aux textes de loi la réponse ne peut qu'être positive. Pourtant, les archives nationales ne sont jamais associées au mouvement culturel national même si par certaines de leurs interventions (les expositions et les conférences), elles essaient tout à la fois de se rappeler au bon souvenir des décideurs de la chose culturelle nationale de se faire une place dans le paysage culturel national. Les archives tiennent une place difficile pour apparemment trois raisons essentielles. Notre pays n'a pas hérité de grands fonds historiques qui font la gloire de certains pays. Les archives produites par les Etats successifs qui ont participé à la formation de l'Algérie contemporaine ont, pour leur grande majorité, disparu. Notre société ne semble pas vouloir sortir de son statut de société orale qui donc, n'a pas besoin de conserver (protéger) la chose écrite ; laquelle de surcroît provoque la méfiance de celui qui la reçoit. Enfin les archives sont puissamment marquées par leurs liens intimes avec les œuvres de l'appareil d'Etat. Comment patrimonialiser ces traces écrites qui nous viennent du passé ? Comment transformer en bien culturel en patrimoine culturel de la Nation ces traces écrites qui sont produites aujourd'hui et que l'on appelle archives ? Il va alors falloir se mettre d'accord sur le sens du mot et la réalité de la chose, comprendre comment nous collectons ce que nous sommes et nous ne sommes que ce nous collectons et qu'enfin combien la charge symbolique des archives se retrouve inscrite dans le paysage urbain de la capitale grâce au Bâtiment qui abrite certains des documents les plus chers et les plus précieux du pays.
 

 

 
 
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