Rechercher OK
Acceuil Mot de la directrice Annuaire Liens Contact
 
 
 
 

 

 

RESUMES DES ARTICLES

INSANIYAT N° 31 (janvier-mars 2006)

Religion, pouvoir et Société


 

Abdellatif HERMASSI : Ulamas réformistes et religiosité populaire. Approche sociologique d'un différend tuniso-algérien

Les ulamas réformistes algériens qui ont été à l'origine de la fondation, dans les années 1930 en Algérie, de la fameuse Association des ulamas musulmans algériens, ont tous été majoritairement formés à l'Université Zaytouna de Tunis. De ce point de vue, ils partagent avec les ulamas tunisiens, non seulement les mêmes profils de formation religieuse mais, sont également influencés par les mêmes idées de réforme religieuse et culturelle de la Nahda arabo-musulmane qui parviennent très tôt en Tunisie.

Or, l'objectif de cet article est, précisément de mettre à contribution la sociologie historique pour essayer de comprendre la différence d'attitude des deux courants islahistes tunisien et algérien à l'égard de la piété populaire. Alors que les ulamas réformistes tunisiens se sont montrés plus modérés et plus tolérants dans leur position à l'égard des formes de religiosité populaire, généralement représentées par les confréries maraboutiques; en revanche, leurs homologues algériens avaient pris, sur cette même question, une attitude plus intransigeante qui les a menés à déclarer une lutte acharnée contre les confréries.

Mots clés   : Algérie - Tunisie - ulamas - islahistes - piété - populaire - réforme religieuse.

Mohamed Brahim SALHI : Société et religion en Algérie au XX e siècle : le réformisme ibadhite, entre modernisation et conservation

Le réformisme religieux des Ibadhites du M'zab, est précoce et endogène. Il part du constat que le rite ibadhite dans sa version initiale ne correspond plus aux impératifs des changements imposés par le XX e siècle. Il rejoint en ce sens, la philosophie de la Renaissance (Nahdha) qui éclôt en Orient à la fin du XIX e -début XX e siècle. Il partage beaucoup de principes avec le réformisme badissien dont il sera un allié.

Cependant, la particularité de la communauté ibadhite, impose à ses réformateurs le respect de la préservation de la communauté. Elle trouve en lui aussi un puissant facteur de légitimation pour capter les innovations et la modernisation économique et matérielle. L'avancée de la réforme religieuse ne se fera pas non plus sans heurt avec les conservateurs du rite dans sa pureté et ses référents jugés intouchables.

Cette contribution se propose de dresser un tableau qui montre pas à pas comment cette réforme s'esquisse, prend forme puis s'enracine, ouvrant une alternative d'adaptation au changement qui est capté et utilisé comme outil de conservation de cette communauté particulière.

Mots clés : Ibadhisme - Mzab - réformisme - conservation - modernisation -dissidence.

Hassan REMAOUN : Colonisation, Mouvement national et Indépendance en Algérie : à propos de la relation entre le religieux et le politique

Si dans l'Antiquité le judaïsme et christianisme avaient pu s'implanter en Algérie, c'est désormais l'islam qui à partir du Moyen-âge va en éclipsant les deux autres religions monothéistes, façonner la société algérienne au point d'en constituer l'une des composantes fondamentales dans la structuration de la personnalité nationale. Instrumentalisé par la colonisation, (avec notamment le Senatus-Consulte de 1865 portant statut musulman), il servira aussi de référent au Mouvement national qui émerge dans l'entre-deux-guerres, au point d'être reconnu comme religion d'Etat dans toutes les constitutions qui seront promulguées après l'indépendance du pays en juillet 1962. La religion musulmane est donc au cœur de la question du rapport existant dans le pays entre les sphères du religieux et du politique, et semble, avoir une incidence toute particulière sur ce qui touche à la citoyenneté en général, et au statut de la femme en particulier, dans une société où il demeure instrumentalisé pour légitimer la persistance du patriarcat.

Mots clés : Islam - colonisation - statut musulman - Mouvement national - religion d'Etat - code de la famille - citoyenneté - patriarcat.

Abdelhakim ABOULLOUZ : Les nouvelles orientations de la politique religieuse au Maroc

L'objet de cette étude est de prendre connaissance de la politique religieuse au Maroc durant l'année 2005. L'année où on a renoué avec la mise en œuvre d'une stratégie d'aménagement du champ religieux et sa réhabilitation suite au plan annoncé par le Roi lors de son discours en avril de l'année dernière. L'exécution de cette politique permet de connaître les méthodes utilisées par l'Etat dans l'application des exigences de la réforme et les contraintes qui entravent sa mise en œuvre. Donc, l'étude consiste à la fois de rappeler les exigences du projet de réforme et de s'informer sur les modalités d'exécution et d'application afin d'aboutir à des conclusions pratiques concernant les enjeux politico-religieux officiels dans sa relation avec les forces sociales qui activent dans le champ religieux marocain. Ces actions s'inscrivent au sein d'un climat mondial dont la question du combat contre le terrorisme occupe une place importante dans les stratégies des grandes nations, et que les autres pays du monde dépensent un effort considérable afin de limiter la propagation de ce phénomène ou de se prévenir de ses effets. Ce sont les politiques qui se heurtent aux spécificités du domaine religieux et culturel de chaque entité politique.

Mots clés   : champ religieux - dogme - enseignement religieux - discours religieux - acteurs religieux - information religieuse - autorité religieuse - associations religieuses.

Djilali EL MESTARI : Le corps et le sacré : lecture du discours du faqih Ibn Qaïm El Jawzia

J'essaye dans cet article d'étudier les significations du corps dans le patrimoine religieux musulman à travers le discours chez le faqih hanbalite Ibn Qaïm El Jawzia. Mais pourquoi ce texte pourrait-il nous intéresser ? Il constitue en fait un discours sur le non-dit du corps ; ainsi, malgré sa position prudente de faqih hanbalite, Ibn El Qaim n'aborde pas moins des sujets aussi sensibles que la beauté féminine ou l'amour charnel. En effet, la vocation du corps dans le discours de ce faqih nous met directement en face du problème du sacré qui se manifeste comme influent actif, imposant et exigeant souvent l'obéissance et l'allégeance. Chaque discours qui lui appartient doit se caractériser par la purification, la noblesse et la pureté ; ce qui nécessite le fait que chaque interrogation critique visant le corps dans le texte du faqih doit être mise en relation avec le sacré. Quelle est la stratégie discursive utilisée par Ibn El Qaïm dans son texte ? Est–il un faqih prudent ou un Faqih qui devient ouvert sur les questions du corps? Existe-t-il une seule signification du corps dans son discours ?

Mots clés   : corps - sacré - Ibn El Qaïm - fiqh - phénoménologie - amour - sexualité.

Mohamed HIRÈCHE : La lecture critique du patrimoine et l'obstacle de l'excommunication : le cas de Nasr Hamid Abou Zaïd

Le présent travail est consacré à l'étude des conflits entre les interprétations qui se répartissent entre deux discours principaux : le premier vise à désacraliser le texte religieux par une lecture scientifique, basée sur un argumentaire historique et le deuxième vise à rendre aux textes religieux sa sacralité par la confirmation de son statut céleste et à l'abri de toute recherche scientifique. Le texte garde ses secrets et ses transcendances. Le but de cette étude est de dépasser en général le conflit à travers une lecture plus fouillée du patrimoine dans ses aspects rationnels et irrationnels. Selon Abu Zaïd, les jugements d'excommunication affirmés ne sont pas aussi fréquents, et ce conflit exprime en général l'existence d'un sujet commun qui suscite la susceptibilité de l'esprit, voire la raison. Tel est le cas pour le texte religieux.

Il existe ici, une invitation franche pour une réconciliation entre la raison et le texte; même la civilisation occidentale a connu durant la période des Lumières, une position critique envers les pratiques religieuses. L'ancrage des valeurs modernes et rationnelles, a permis d'illustrer des positions qui prônent une modernité plus ouverte sur le sacré (l'irrationnel, le mythe) car ceci va permettre à l'Homme de pratiquer les rites de célébration dans une époque régie par des règles logiques, rationnelles et techniques.

Ce point de vue nécessite de la part du penseur arabe l'adoption d'une position sage et pertinente dans le but de se réapproprier les interprétations diverses, de pouvoir dépasser les problématiques posées par les penseurs de la Renaissance arabe et de s'ouvrir sur de nouvelles problématiques.

Mots clés   : conflit d'interprétations - excommunication - lecture critique - texte religieux - tolérance - intolérance - sacré - profane.

Mohamed GHALEM : L'Islam algérien avant 1830 : le Malikisme

Le Malikisme est un des quatre rites juridico-religieux de l'Islam orthodoxe. L'originalité de l'enseignement de l'iman Malik-ibn-Anas (Y765) est qu'il a introduit la reconnaissance du "Amal" c'est-à-dire la pratique effective de Médine qu'il a érigée en système juridique organisé.

Au Maghreb, la source principale du Malikisme est la Mudawana d'Ibn Sahnoun (776-854). Son intérêt réside dans le fait qu'elle met en évidence les relations de la religion avec les rapports humaines. Elle a donné naissance à toute une littérature de commentaires (chourouh) dont les plus célèbres sont la "Rissala" d'Ibn Abi Zayd et le "Mukhtassar" d'Ibn Hagib.

Le système juridico-religieux de Malik s'appuie sur le Coran, la tradition (Sunna) et l'Ijma', néanmoins des divergences plus au moins importantes existent par rapport aux autres écoles. Malik exclut Ali ibn abi Talib de la tradition, préfère l'Ijma' (consensus) médinois ou le consensus universel des musulmans. Il n'utilise pas le qyas (raisonnement par analogie), sauf dans les cas qui ne nuisent pas au bien public (maslaha amma).

Avant l'arrivée des Almohades, le Malikisme maghrébin se caractérisait par la rigueur, l'intolérance à l'égard des schiismes. Il s'appuie sur la théologie hanbalite qui va connaître des changements : Ibn Tumart va introduire l'Asharisme comme référence théologique dans le Maghreb, et encourager un important mouvement mystique, mais les marques de rigueur persistent (séparation des sexes, interdits alimentaires, jeûne..). Au Maghreb la prédominance du rite malikite s'explique selon Ibn Khaldoun par la persistance de la bedouinité, car la pratique et le droit sont restés en conformité avec ceux connus vers le milieu du XIII e siècle.

Depuis la "crise religieuse" provoquée par l'islamisme radical, l'Etat algérien essaie de réactiver le Malikisme; aussi, les intellectuels et la classe politique doivent-ils faire preuve d'audace et d'innovation sur le plan de la réflexion religieuse et de l'interprétation du Coran.

Mots clés : Malikisme - Asharisme - Mudawana - Médersas - Algérie - Maghreb - bédouinité.

Najiba REGAÏEG : L'histoire sans les femmes, l'histoire des femmes, l'histoire par les femmes dans “Loin de Médine” d'Assia Djebar

Cet article vise à analyser les objectifs d'Assia Djebar écrivant  « Loin de Médine » en 1991, année durant laquelle l'Algérie s'embrasait et où les fondamentalistes musulmans signaient le verdict de vie ou de mort pour chacun. « Loin de Médine » se caractérise autant par son intertextualité (le texte se greffe sur les chroniques de Tabari et d'Ibn Saad) que par son désir d'invention et de fiction poussés jusqu'aux limites du vraisemblable.

Dans ces chroniques retraçant la vie du prophète et surtout l'instant de sa mort et les palabres liés à sa succession, les femmes, veillant le corps du Messager jusqu'à l'inhumation finale, sont occultées. Une fois le corps du Prophète enseveli, ces femmes (épouses, fille, affranchies…) se transforment en ombres de l'Histoire. Il n'est plus question de leur reconnaître un seul rôle dans le déroulement funeste des événements ayant suivi la disparition du Prophète.

Forte de son rôle d'historienne et de sa volonté d'Ijtihad, Assia Djebar se glissant dans la peau d'une narratrice-historienne, ressuscite ces femmes, leur redonne la mémoire et les fait ainsi entrer de plein pied dans l'Histoire dont elles étaient jusque là bannies. La Sira du Prophète n'émane-t-elle pas d'abord de la voix transmettrice de sa jeune épouse, veuve à 19 ans, Aïcha mère des croyants ? La voie de la révolte n'a-t-elle pas été tracée par sa fille préférée Fatima, celle qui a réussi à échapper à l'emprise de la polygamie et qui, victime de la déshérence, a refusé de survivre à son père ?

C'est en écoutant les voix, multiples voix des Rawiyates, et même la poésie de certaines femmes musulmanes ou autres que le lecteur finit par fermer le livre. Il a désormais une autre vision de l'Histoire. Cette Histoire dont les actrices premières ont été des femmes et que des chroniqueurs mal intentionnés ont altérée et défigurée pour réduire ces femmes au silence et à la résignation.

Mots clés : Histoire - femmes - poétesse - épouse - fille - Prophète - Médine - chroniques.

Richard AYOUN : L'exil des Juifs d'Afrique du Nord à l'époque contemporaine

La France découvre, dans les années soixante, l'existence en son sein d'une importante communauté maghrébine de religion musulmane. À cette époque arrivent en grand nombre, des Juifs, également originaires d'Afrique du Nord. Ces immigrants d'Afrique du Nord s'installent en France, parmi ceux que l'on appelle les rapatriés et après les immigrés européens de l'entre-deux guerres mondiales : les Italiens, les Polonais, les Espagnols. Sont évoquées d'abord ce qu'étaient, en Afrique du Nord, les communautés qu'ils ont quittées, où ce Judaïsme a été marqué par la colonisation française des XIX e et XX e siècles, puis sont envisagées les conditions de l'installation en France de ces immigrés d'une nature un peu particulière. La tradition juive s'est réfugiée notamment dans l'univers domestique. D'abord autour de la table transformée en bastion d'une culture menacée, puis, dans les cuisines instituées en sanctuaires des gestes traditionnels ancestraux. Dans le repas quotidien, la mémoire et la personnalité d'un peuple déraciné cherchent un dialogue équitable avec l'histoire.

Mots clés : Afrique du Nord - Algérie - exil - France - Juifs - Maroc - Tunisie.

Salim KHIAT : La confrérie noire de Baba Merzoug : l a sainteté présumée et la fête de l'équilibre

Schématiquement, les noirs descendants d'anciens esclaves soulignent qu'ils sont de Sidi B'llel ou ses « enfants ». De là, la charte de la fondation est attribuée à ce mythe qui recèle l'origine, et donc la « vraie » histoire.

Le rite du sacrifice qui en est l'expression ne semble pas un attribut lié à Sidi B'llel. Il n'est pas non plus une propriété qui le vise directement. Les anciens esclaves d'Alger apparentent le taureau noir à Sidi Merzoug, l'esclave de Sidi Bû ‘Ali, le saint patron de la ville de Nafta, une des plus importantes cités du Jerid tunisien.

Le présent travail a pour objectif d'analyser la production légendaire de cette catégorie d'hommes que l'hagiographie maghrébine présente de manière générale dans une posture de domestique « khedim » ou «  ouaçif ». N'est – il pas étonnant qu'un nom comme celui de Sidi Merzoug et beaucoup d'autres saints esclaves noirs que nous découvrons aujourd'hui soient effacés de la pratique historiographique, au moment où ils étaient associés à ceux des parfaits, et des « aqtabs » du singulier « qoutb » comme Sidi Ahmed Tidjani, Sidi Moulay Abdallah es-Chérif de Ouazan, Sidi Cheikh, fondateur de cheikhiya, ou comme Sidi Bû'Ali En- Nafti diffuseur de la Sounna dans le Jerid tunisien ?

Nous analyserons dans le jeu de l'oralité la production de l'Etre saint qui s'affiche comme une sainteté « présumée » un sharaf probable. Il s'agit de mettre en évidence les spécificités de la parole engagée qui préserve la perte des privilèges de l'origine et l'évanescence identitaire.

La « Ziyara » ou la fête est prise, de ce fait, comme enjeu d'interaction réactivé à la cadence des rythmes et des danses extatiques.

Mots clés : Sud tunisien - confrérie noire - fête religieuse - sainteté - mythe - rites d'allégeance - lien filial.

     

 

 
 
Copyright 2004 © Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle. crasc@crasc.org