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RESUMES DES ARTICLES

INSANIYAT N° 08 [Mai - Août 1999]
Mouvements sociaux, Mouvements associatifs

 

 
René GALLISSOL
 
Mouvements associatifs et mouvement social : le rapport Etat / société dans l'histoire maghrébine.

Les mouvements associatifs, pré-nationaux d'abord, sont encore communautaires religieux et sous emprise de la parenté et du patrimonialisme; les deuxièmes endogènes mais qui se retrouvent ailleurs à degrés divers, sont la confrérie et la corporation. La formation nationale ensuite est aussi une transition communautaire et identitaire, de la communauté ethnique à la collectivité politique. Sous la colonisation, dans une cohabitation longtemps mixte dans les syndicats, les formes organisationnelles du mouvement ouvrier ont été investies et adoptées, jusqu'à constituer le modèle nationaliste et étatique sur le trinôme parti - syndicat - organisations de masse typées, jeunes, scouts, étudiants, femmes... Troisième temps l'Etat indépendant développera cette structure d'encadrement; l'objectif dé l'Etat est somme toute d'interdire que le mouvement associatif se reconstitue en contre-société et reprenne une fonction de contestation de l'ordre étatique. C'est dans le balancement inégalitaire entre société publique qui émarge sur l'Etat, et société assistée qui grossit la demande sociale et le désespoir, que l'action associative a fort à faire pour se frayer un passage. Aujourd'hui, le travail dans la société nationale apparaît écartelé entre l'émancipation sociale, associative donc, poussant en avant des mouvements de droits (droits des femmes. droits culturels, droits de l'homme), et les réactions communautaires des populismes conjointement religieux et nationalistes. .
 

Marguerite ROLLINDE
 
Le mouvement "amazighe" au Maroc défense d'une identité culturelle, revendication du droit des minorités ou alternative politique?

Parti du milieu universitaire et artistique, le mouvement "amazighe" au Maroc développe aujourd'hui des stratégies associatives qui le conduisent à sortir des limites de l'Etat national pour porter ses revendications devant les organismes internationaux. Toléré par l'Etat quand il se limite à des revendications culturelles et linguistiques, le mouvement est victime de la répression quand il oppose la reconnaissance d'une "nation" amazighe au consensus national "arabomusulman". Apparaissent alors deux types de discours contradictoires. L'un traduit une demande de "citoyenneté" nouvelle qui s'appuie sur le pluralisme et la démocratie et rejoint la lutte pour les droits de l'Homme. Le second, à l'inverse, tend à s'enfermer clans le communautarisme et à imposer un modèle exclusiviste et unitaire qui aboutirait à l'échec du débat pluraliste.
 

Gérard PREVOST
 
Association, auto-organisation et changement social : le cas des jeunes issus de l'immigration maghrébine en France

L'hypothèse développée ici pose le principe d'une théorie fondée sur le travail pulsionnel des processus d'auto-organisation, comme sa modalité initiale et nécessaire relevant d'une socioanalyse du rapport entre différents sens. Cela concerne l'activité c/e rationalisation, relativement à la gestion de sociétés soumises à la structure concurrentielle de l'économie de marché. Les formes mises enjeu par les jeunes issus de l'immigration maghrébine en France constituent ici l'outil d'objectivation de cette structure pulsionnelle. Ils seront constitutifs de la construction c/a "local" de la redéfinition des modalités de gestion du social et la clé d'accès à la sphère publique à travers la multiplication des dispositifs étatiques périphériques comme système fonctionnel décentralisé de récupération de la créativité. Mais, l'élément capital est que cette structure d'imposition de codes et de normes par les dispositifs en vue de l'ordre social fait naître des alternatives sociales. Cette récurrence des phénomènes d'auto-organisation qui traverse l'histoire humaine, s'inscrit comme phénomène structurant du changement social. Cependant, si l'auto-organisation s'inscrit dans la structure du changement social, cela ne garantit pas qu'elle fixe l'évolution sociale sur la voie ascendante du progrès Le changement social contemporain procède d'anticipations, lié au mouvement social, mais aussi aux projets d'experts en rapport avec les conditionnements sociaux nécessaires aux ajustements économiques et politiques présents. La récupération y apparaît comme un mécanisme de nivellement des comportements en tant qu'activité volontariste de l'Etat. Cependant, le retrait des individus clans des espaces d'autonomie face à cette activité n'a pas la solidarité pour but, son moteur se rapporte à la reliance : les médiateurs constituent la réponse étatique contemporaine pour rationaliser la maîtrise de ses effets.
 

Omar DERRAS
 
Le fait associatif en Algérie. Le cas d'Oran

Cet article a pour objet de faire un état des lieux du phénomène associatif à Oran. Cette analyse quantitative est centrée sur trois axes et thèmes principaux et complémentaires: Le premier thème tente de dégager les principaux traits de la vie associative dans cette wilaya. Le deuxième porte sur l'analyse de la composante sociale de l'encadrement des associations et leurs caractéristiques individuelles ; enfin, le troisième axe est un essai sur la manière dont les représentants des associations se représentent, évaluent de façon générale le phénomène associatif en Algérie.
 

Saddek BENKADA
 
La "Société savante"; rupture et continuité d'une tradition associative: le cas de la Société de Géographie et d'Archéologie d'Oran

Après avoir, pendant plus d'un siècle, partagé avec les établissements universitaires; le champ intellectuel de l'Algérie colonisée, les sociétés savantes ; cessèrent toute activité au lendemain de l'indépendance, sauf paradoxalement à Oran. Dans cette ville qui n'avait ni le prestige universitaire d'Alger, ni la gloire intellectuelle de Constantine, fut préservée et réactivée, la société savante locale, en l'occurrence la Société de Géographie et d'Archéologie d'Oran. Cette "exception" oranaise, nous a permis ainsi de souligner le rôle joué par les nouveaux acteurs du champ culturel au lendemain de l'indépendance, notamment les membres de l'enseignement dans la ré appropriation de ce lieu de sociabilité et de savoir, hérité de la période coloniale.
 

Noureddine SRAIEB
 
Pratiques culturelles et sociabilité politique : l'exemple tunisien

En quoi des pratiques culturelles peuvent constituer des enjeux politiques? C'est ce que nous voudrions examiner à partir de deux associations "culturelles" qu'étaient le Khaldunyye et l'association des anciens élèves du collège Sadiki créées respectivement en 1896 et en 1905 à Tunis A partir de l'exposé des conditions historiques qui ont présidé à la création de ces deux associations, et de l'analyse de leurs programmes d'action, il apparaît que les liens entre la culture et la politique dans la société tunisienne sous la protectorat français, étaient constants. La création d'associations culturelles, théâtrales ou sportives était un moyen par lequel les organisations politiques entendaient étendre leur hégémonie à toute la population tunisienne. Les animateurs de ces associations, mus par des sentiments nationalistes, se sentaient même investis d'une mission sacrée. Aussi, s'engagent-ils résolument dans l'action politique.
 

Mohamed Brahim SALHI
 
Modernisation et retraditionalisation à travers les champs associatif et politique : le cas de la Kabylie

Comment peut-on lire, dans notre société, l'irruption d'instruments de modernisation comme l'association ou le parti politique qui, par nature, proposent de nouvelles manières de se lier ? L 'article se propose à partir du cas de la Kabylie de montrer qu'en réalités les groupes dans lesquels advient un processus de modernisation rebondissent sur eux-mêmes en réinvestissant les nouveaux instruments. Les agents porteurs du nouveau mode d'organisation, eux aussi négocient leur insertion. Il y a donc transaction. Les pratiques des agents de la modernisation peuvent apparaître comme ambiguë, mais il s'agit d'une ambiguïté nécessaire. Par ailleurs, les groupes peuvent dans des situations particulières, produire de la tradition, c'est-à-dire mettre en oeuvre des processus de retraditionnalisation. Nous expliquons, à partir d'exemples précis, comment tout cela est possible et comment cela fonctionne. Votre réflexion est partie (du principe qu'il y a non pas continuité sur le plan historique (entre la situation de modernisation forcée induite par la colonisation et celle induite par l'avènement de l'Etat national algérien), mais permanence de certains éléments notamment une conduite ambivalente des agents qui ajustent, en fonction des intérêts escomptés, leurs stratégies. Dans le fond, les thèses défendues par Jeanne Favret nous paraissent encore relativement fraîches et nous avons eu en tête cette conclusion de G. Balandier concernant les changements clans les pays anciennement dominés : "tout change, mais tout ne change pas en bloc".
 

Djamel BOULEBIER
 
Le foot, l'urbain et la démocratie

Comment mettre en confrontation un champ de production de discours, avant pour projet le sport et la ville et un champ d'observation et d'enquêtes centré sur une ville, Constantine ? Quelle pertinence donner à l'articulation foot urbain démocratie ? Il s'agit dans cette étude, en essayant de clarifier quelques éléments de problématique, de comprendre comment la pratique et le spectacle sportifs dépassent les déterminants de la production du sport. A quoi répond la création d'une association sportive quand on sait que le processus différenciation sociale n'est pas arrivé à son terme dans nos villes ? Il apparaît que les néo-urbains expriment de nouvelles formes de solidarité grâce au poids du secteur dit informel. L'histoire des associations sportives et la sociologie des nouvelles figures de la réussite sociale révèlent de nouvelles formes de lien à la ville. Ainsi, l'anthropologie des clubs sportifs contribue d'une part à démythifier les discours globalisants sur l'identitaire et d'autre part à clarifier un peu plus la question du patrimoine. On comprend alors pourquoi le supportérisme donne naissance et s'appuie sur de nouvelles figures emblématiques de la réussite sociale.
 

Malika REMAOUN
 
Les associations féminines pour les droits des femmes

Les associations de femmes pour leurs droits, nées au lendemain des événements d'Octobre 1988, ont constitué la frange la plus visible, et la plus active du mouvement social de l'époque. L'ampleur prise par le mouvement des femmes dénote d'un phénomène relativement nouveau tant au niveau du contenu (références et revendications), que de la forme (initiatives et actions). Les années 1989 et 1990 ont été marquées par d'intenses activités féminines, riches et diverses. De larges débats sur les questions des droits des femmes et du code de la famille, jusque là timidement abordés, ont occupé l'espace public. Avec le terrorisme, ce mouvement s 'est trouvé au devant de la lutte anti-terroriste, anti-intégriste et de la solidarité avec les familles des victimes du terrorisme. A partir de 1995, un recentrage a été opéré en vue de la construction d'un mouvement des femmes et pour les femmes, dans le cadre de problématiques de femmes. Aujourd'hui, ce mouvement est incontournable.
 

Didier LE SAOUT
 
Les théories des mouvements sociaux. Structures, actions et organisations : les analyses de la protestation en perspective

Les théories des mouvements sociaux principalement aux Etats-Unis et en Europe ont connu une lente évolution. Les premières approches de la fin du XXème siècle où l'action collective était conçue comme un mouvement de foule ont ouvert par la suite les recherches à différents questionnements théoriques intégrant dans les modèles explicatifs de l'émergence de l'action protestataire la place des frustrations ou encore le problème du choix rationnel de l'acteur. Au cours des années quatre-vingt, deux grandes théories deviennent dominantes : la perspective de la mobilisation des ressources d'une part, et l'approche des nouveaux mouvements sociaux d'autre part, il n'en reste pas moins qu'aucune théorie des mouvements sociaux ne paraît encore capable aujourd'hui d'embrasser à elle seule l'ensemble des problèmes propres à toute étude empirique portant sur l'action collective protestataire.
 

Bachir SENOUCI
 
Etre sociétaire à Oran

Ce texte se propose, à travers une expérience de vie associative, en particulier dans la protection de l'environnement, d'émettre quelques hypothèses lourdes sur les particularités ci 'un phénomène récent. Les ambiguïtés semblent provenir des conditions historiques de la libéralisation des mœurs politiques, économiques et sociales, qui semble, à l'instar de ce qui s'est passé à la même période clans d'autres régions du monde, avoir été imposée au régime dominant. Ayant perdu définitivement les moyens de la coercition, le pouvoir s'est vu contraint de composer. C'est ainsi que, par les biais des subventions ou d'autres privilèges, des réseaux d'alliance se sont constitués. De d'autre côté, les associations entendent souvent tirer rétribution de ces alliances. Tout cela, s'il ne fa ut pas le généraliser à toutes les associations, contribue à pervertir la définition du mouvement associatif en Algérie.
 

 

 
 
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